PREAMBULE :
La main de l’attaché de presse se crispe sur la bride de son joli sac à main rouge « Lancel ». Elle regarde alternativement « la Star »  et son assistante, un peu affolée et bredouille :
-         « Mais enfin, ce n’est pas possible, on va bien devoir trouver une autre solution ».
-         « Je crains bien que non, il n’y ait pas d’autre  solution » La voix de l’assistante est glaciale et implacable lorsqu’elle poursuit dans un français presque sans accent : «  La prestation sera enregistrée et  il n’y aura PAS de duo »
-         «  Mais, ce n’est encore jamais arrivé, je veux dire, c’est la première fois… » la panique commence à gagner l’attachée de presse, qui malmène de plus en plus son joli sac à main.
Dans un coin, « La Star » soupire et se lève, signe que l’entretien est terminé. Sans  un regard à l’attaché de presse effondrée, « La Star » fait un bref signe de tête à son assistante. ( En fait, « La Star » préférait avant, quand il lui suffisait de lever un sourcil pour se faire comprendre, mais depuis ses dernières injections de Botox, il lui est désormais impossible d’imprimer le moindre mouvement à la partie supérieure de son visage )
-         Dans une ultime tentative pour la faire changer d’avis, l’attachée de presse, le visage décomposé, se tourne une dernière fois vers l’assistante «  Mais, heu, juste une toute petite apparition pendant le Medley alors ?  Un petit refrain sympa entonné avec les élèves ???… »
Un bref instant, « La Star » se penche et murmure quelques mots à l’oreille de son assistante, qui traduit, de sa voix glaciale et implacable :
-         «  Madonna n’entonne pas de petit refrain sympa avec des ringards… ».
 

LE PRIME

 
Ca commence comme convenu, avec l’arrivée de Johnny Hallyday.
Nikos a du répéter 100 fois cette entrée avant le direct : «  alors on est bien d’accord, hein, Johnny, vous attendez que j’ai terminé ma grande phrase, je fais monter la pression auprès du public, et quand je prononce HALLIDAYYYY en faisant un grand geste ample de la main comme ça, et vous entrez, ok ? Tout à la fin, quand je prononce HALLIDAYYYY ? hein, pas avant ! » Le rocker a acquiescé, un peu agacé : pourquoi fallait-il toujours que les gens lui parlent comme à un petit enfant de 8 ans pas bien futé ?
Bien entendu, Nikos a à peine le temps de dire « bonsoir à tous » que le rocker est déjà là, derrière lui, tout empoté . Il n’est pas certain du tout d’être entré au bon moment, vu qu’il ne se souvient plus du mot convenu et vu que Laetitia s’est absenté au moment crucial pour aller changer Jade. Mais, bon, au moins, il ne sera pas en retard, et il attend poliment, derrière Nikos, que celui ci ai fini sa présentation. Comme c’est un peu long et que Nikos ne l’a toujours pas remarqué,  Johnny a l’air un peu soucieux : il a l’impression d’avoir  oublié quelque chose : Peut être le biberon de Jade ? Mais non, la nounou s’en est occupé juste avant le début de l’émission.  Pour faire bonne figure, il s’occupe comme il peut, en attendant qu’on le remarque, il  fait des petits signes de la main au public. Au bout d’un moment qui semble interminable, Nikos termine enfin son discours : «…oui Mesdames, et Messieurs, j’ai nommé Johnny HALLIDAYYYY !!!! » en faisant comme convenu son grand geste ample de la main. Geste qui manque d’atterrir dans la figure du rocker, qui attends toujours sagement son tour juste derrière le présentateur qui sursaute et rit nerveusement…
Que les choses soient claires, nous assisterons là au seul moment spontané  de l’émission…
A part cette petite erreur de timing, Johnny est impeccable. Costume noir Smalto, cravate de soie blanche, brushing et balayage 2 tons blond californiens et blond cendré, fond de teint couvrant teinte cannelle, ce n’est pas exactement la « Rock’n roll attitude », mais en tout cas, personne ne pourra dire qu’il arrive négligé sur le plateau.
Il dit qu’il aime bien la Star Academy, qu’il  regarde tous les soirs à Quiberon avec Laetitia.
Et on se prend  à imaginer le paisible sexagénaire, dans la douceur des soirées bretonnes, installé dans un bon vieux fauteuil club, un plaid écossais sur ses genoux, une tasse de tisane à la main, regardant défiler impassible le générique de la quotidienne…Rock’n roll attitude vous avez dit ?
Ensuite, comme convenu, on envoie l’enregistrement de Madonna pour faire croire qu’elle va chanter en direct sur le plateau. Tout le monde fait semblant de se déchaîner en live sur le tube de la chanteuse, qui ressemble de plus en plus à une poupée « Bratz ».
Après cela, Star internationale ou pas, elle aussi a droit à sa question-idiote-de-Nikos. Celle de la soirée est particulièrement déplacée, puisqu’il lui demande en gros, comment fait-elle ENCORE pour être aussi en forme ? Il insiste lourdement sur le ENCORE, comme si la chanteuse approchait de ses 85 ans et que ce soit un miracle qu’elle tienne encore debout. Mais les surprises ne s’arrêtent pas là, et les élèves ont préparé, en hommage à la star, un medley. Comme être une-des-plus-grandes-stars-internationales-du-monde-entier-de-toute-la-terre est assez fatigant et stressant comme métier, nos académiciens ont décidé de divertir la Madonne : Ils lui livrent donc un réjouissant et baroque medley à la mise en scène grand-guignolesque dont seul Kamel a le secret :  Jean Luc, torse nu et enroulé dans un rideau  invente une nouvelle discipline sportive, la « chanson acrobatique, avec obstacle », en essayant de chanter pendant qu’une amazone intrépide grimpe sur son dos et sur ses épaules. Enroulée de l’autre coté du rideau, Emilie nous réinvente ensuite une autre chanson de Madonna, dans une interprétation qui aurait sûrement beaucoup plu à Michelle Torr ou Mireille Mathieu. Etre une-des-plus-grandes-stars-internationales-du-monde-entier-de-toute-la-terre demande un minimum de maîtrise de soi. C’est donc avec beaucoup de self control que la chanteuse retient le fou rire qu’elle sent monter en elle. Et elle a presque retrouvé tout son sérieux quand Nikos lui demande ce qu’elle a pensé de la prestation des élèves. Elle parvient à articuler un diplomatique  « Waow ! » avant de se ruer dans les coulisses pour y rire à son aise. Il y a des fois ou assumer  son statut de star en gardant son sérieux relève véritablement de l’exploit !
Le prime se poursuit : . La jeune Lorie,  vient remonter le moral des millions de femmes qui regardent l’émission : Elle aussi, elle a été complètement ratée par son coiffeur, comme quoi cela peut arriver à tout le monde, même aux gens connus.
Malgré cet acte capillaire hautement condamnable, la grande artiste trouve encore le courage de venir ânonner son nouveau tube, aux paroles bouleversante :
Je suis super contenteeeeeeee
Parce que je suis très richeeee
Mais je suis pas méchanteeee
Car je suis gentillleeeeeeeee
Je suis restée la mêmeeeeee
Tralalalalèreeeeeeeeeeeeeee
 
 
Autre artiste, autre style, le grand Steevie Wonder, quelques années et une bonne quinzaine de kilos plus tard, vient illuminer le plateau de sa présence. Il chante un duo avec Jean Luc. Enfin, plus exactement, il chante ( fort bien ), tout en s’accompagnant au piano, et à coté de lui, Jean Luc essaie désespérément de suivre. C’est que Steevie, quand il est à l’aise, il aime bien improviser un peu, changer la mélodie, les paroles. Et ce soir, il est parfaitement à l’aise …A un moment, un doute nous étreint : est-ce que vraiment on l’a prévenu que quelqu’un chanterait à coté de lui ? Comme il ne peut malheureusement  pas voir Jean Luc,  peut être croit-il être tout seul pour interpréter le morceau ?  A la fin, Jean Luc, qui fait de la figuration depuis 3 minutes, lui pose timidement la main sur l’épaule. A ce moment là, peut être le grand Steevie se souvient-il qu’on lui avait vaguement parlé de  faire un duo avec un  jeune chanteur ? En tout cas, très fair play, il reprend le rythme et les paroles d’origine, et le pauvre Jean Luc peut enfin terminer le dernier refrain en même temps que lui. Pour se faire pardonner, Monsieur Wonder fait scander au public : Jean Luc, Jean Luc, Jean Luc…Comme ça on ne pourra pas dire qu’il ne connaissait même pas son prénom…
 
 

EPILOGUE

 
L’attachée de presse pousse un soupir de soulagement. Encore un prime de bouclé et même s’il s’annonçait mal, finalement tout s’est bien passé. La jeune femme se recoiffe machinalement dans le miroir et fronce le nez en s’examinant de près. Encore une minuscule ride qui pointe au coin de l’œil, il sera temps de songer à faire elle aussi quelques injections de Botox. Comme il est hors de question de demander conseil à Madonna, ( la jeune femme frémit rien qu’à l’idée de devoir affronter une nouvelle fois le regard implacable de la Star et la voix glaciale de son assistante). Non, elle demandera plutôt conseil à Johnny, ou plutôt à Laetitia. En voilà une qui est gentille et toujours disponible. Elle fait à peu près la même chose que l’assistante de Madonna, c’est à dire qu’elle traduit en  français ce que la Star veut dire, mais, elle, elle n’a pas ce regard qui vous donne froid dans le dos. Brrrr.
L’attachée de presse se remet un peu de blush. Elle a une mine épouvantable, trouve t’elle, mais c’est le stress du prime. Enfin, elle est assez fière quand même de ses trouvailles : Les plaisanteries de Madonna sur l’anglais de Nikos avaient l’air complètement spontané, et la soi-disant improvisation de Johnny et Nikos s’était parfaitement déroulée : Même s’il avait fallu un peu plus de 4 heures et l’aide de Laetitia  pour que Johnny arrive à retenir sa phrase «  dis-moi Nikos, il paraît que tu m’imites sur les primes, montre-moi un peu ça », tout s’était bien passé.
Et l’idée de l’invitée surprise en la personne de  Mimie Mathy , ça c’était un coup de génie dont la jolie attachée de presse n’était pas peu fière. De toute façon, des idées comme ça, elle en avait plein en réserve, pour les primes un peu décevants. Tout en comptant sur ses doigts, elle énumère :
-  voyons, le mec de «  mon Incroyable fiancé, il est déjà venu,  y’a Véronique Genest de « Julie Lescaut »  qui est d’accord, y’a Laurence Bocolini aussi qui a dit pourquoi pas, Ingrid Chauvin qui a dit qu’elle ne savait pas chanter mais qu’elle pourrait danser en sous-vêtements sur une choré de Kamel Ouali, et puis il y a tous les abrutis de l’île de la tentation qui sont d’accord pour venir aussi danser ( mais sans sous-vêtements ) »
Bref, décidément, tout va pour le mieux pense la jeune femme  en se remettant une dernière touche de gloss, et tant pis si ce soir, il y a une pauvre gamine désespérée qui sanglote parce qu’elle quitte le château, après qu’on lui ai fait croire qu’elle allait devenir une star et qu’elle avait du talent. Oui tant pis aussi si dans le château, d’autres naïfs attendent patiemment  leur tour pour sangloter et retomber dans l’anonymat, après avoir goûté au poison de la célébrité éphémère. On ne va quand même pas leur offrir un suivi psychologique et commencer à se préoccuper des séquelles de l’émission sur la vie des candidats se dit t’elle en souriant ! Elle chasse cette pensée saugrenue d’un revers de la main, range son gloss dans sa trousse à maquillage et, d’un geste sec, referme son joli sac à main rouge «  Lancel ».
 
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