-         Allô ?
-        
Allô, c’est boi
-         Qui ça « boi  ?
-         Boi, Baria, j’ai un rhube affreux, j’suis balade, j’ai pas le boral,  tu veux pas vebir regarder la Star Ac chez boi ce soir ?

Comme je n’ai jamais résisté à une demande de ma vieille copine Maria, je préviens donc chéri-Miss-Tik que je ne serai pas là ce soir. Je déchante un peu lorsque je le vois entamer sur-le-champ une sorte de danse sauvage dans le salon pour exprimer son bonheur. Comme je lui fais remarquer d’un ton aigre qu’il pourrait éviter de manifester tant de joie à l’idée de passer une soirée seul, il m’assure aussitôt que ce n’est pas l’idée d’être seul qui le remplit d’allégresse, mais bien celle de ne pas être obligé de regarder la Star Ac ce soir.

Je le laisse donc à ces gesticulations effrénées entre le canapé et la table basse et pars en haussant les épaules…

 Chez elle, Maria ne semble pas si mal en point que ça, et comme je  m’y attendais, elle a déjà convié son grand ami Mr Johnny Walker dans le salon.

C’est donc avec les yeux  brillants d’excitation  et un sourire jusqu’au oreilles qu’elle m’accueille :

« Débèche toi, on va rater le début, aaaatchoum, saloberie de rhube, je be ressert un verre… »

Ca commence par l’arrivée de Michel Sardou. Nikos a beau nous dire qu’il est en pleine forme, solide comme un rock, il n’a vraiment pas l’air dans son assiette, Michel…Il fait même une drôle de tête. Ma copine Maria, qui est persuadée d’avoir de solides connaissances médicales parce qu’elle est sortie 2 semaines avec un ophtalmologiste en 1996 est formelle : C’est la gastro. Michel, il nous couve une gastro, voilà tout . Et s’il affiche pendant son duo avec Pascal  ce visage fermé et cette expression tendue, c’est parce que ça gargouille sec dans son ventre et qu’il a hâte que ça se termine.

A part ça et sûrement pour effacer l’image austère de la semaine dernière, les filles sont particulièrement sexy ce soir. Emilie relookée en Jean Claude Jitrois,  toute en cuir et Ely, qui a défaut d’afficher des prouesses vocales, affiche de fort belles jambes. Michel, malgré sa gastro, il a d’ailleurs l’air de bien apprécier Ely. Pas trop ses performances vocales, mais ses jambes, ça c’est sur. Et quand Nikos lui lance : «  Elle a vraiment du talent hein ? » entre deux gargouillements, il répond «  Elle est surtout magnifique ».

Mais l’heure est grave ce soir, il y a deux nominés, dont Jérémie. Avant qu’il ne commence sa chanson, il y a un petit portrait de lui. C’est clair, pour lui comme pour Ely, l’essentiel de son talent est plus visuel qu’auditif ! Car Jérémie est ce qu’on appelle un Bô garçon. Qu’importe qu’il ai le charisme d’une betterave cuite, qu’il semble tout le temps en permanence sur le point de s’endormir, il est Bô. Ma copine Maria, qui en est à joyeusement à son 4ème verre de Johnny Walker, m’assure même qu’il ressemble trait pour trait à un ophtalmologiste qu’elle à bien connu en 1996. Bref, le Bô Jérémie vient donc chanter une chanson de Francis Lalanne «  pense à moi comme je t’aime ». Le jeune homme, qui n’a que 20 ans et dont la principale préoccupation dans la vie est d’assortir la couleur de ses T shirts à ses yeux, fait son possible pour gommer son image de Bô garçon. Ce n’est pas gagné, car autours de lui, les danseuses semblent irrésistiblement attirée par son charme. C’est fou ce qu’il doit dégager comme testostérone ce mec, car elles se déhanchent de plus en plus lascivement autours de lui, se frottant et ondulant, pendant qu’il fait de son mieux pour interpréter sa chanson censée raconter en gros l’émouvant message d’adieu d’un père sur le point de mourir à son fils…Mais rien à faire, les filles sont comme  folles et leurs mouvements sont de plus en plus suggestifs. Au milieu de la chanson,  n’y tenant plus, elles se renversent même des seaux d’eau froide sur la tête, sans doute pour se calmer un peu ; Mais peine perdue, l’influx hormono-sexuel de ce garçon est tel que, même trempées, elles continuent leur danse aguichante.

Juste avant de clore les votes, il y a un dernier duo Jeremy- Alexia. Ils sont accompagnés au piano par Mathieu Gonnet, leur prof de chant. Celui-ci non plus n’a pas l’air très bien tout à coup, surtout quand Alexia se met à chanter très fort. Il fait une tête toute bizarre, vaguement dégoûtée et semble sur le point de vomir à tout moment. C’est sur, il a du attraper la gastro de monsieur Sardou.

 « Saleté de virus, ça se propage par la clibatisation », grommèle Maria, qui manifestement de son coté organise la résistance en attaquant son 5ème verre de Johnny Walker.

Mais voici l’heure du duo avec Paul Anka. Environ 136 ans, impeccable dans son costume gris foncé, le vieux crooner pourrait facilement donner des leçons d’élégances et de swing à une bonne demi-douzaine de promotions de la Star Ac. Nous tombons d’accord avec Maria pour dire qu’en matière de musique, il faut être soit Paul Anka, soit Sid Vicious, et qu’entre les deux, il vaut mieux s’abstenir. Maria porte ensuite un toast à  notre brillante analyse musicale,  et demande quand est-ce qu’il est invité Sid Vicious. Comme je lui rétorque que le leader Punk des Sex pistols est mort depuis une bonne vingtaine d’année, elle écarte ma remarque d’un geste : «  Ben Paul Anka aussi il est mort…Aaaatchoum….hic….regarde hic… c’est sa momie qui est sur le plateau…hic » Le fait est que le vieux chanteur ressemble effectivement étrangement à Ramses II, mais au moins, il a fait l’effort de mettre un costume par dessus ses bandelettes. 

A un moment, pour meubler un peu, on nous passe un petit film retraçant le concert donné par les académyciens pendant la semaine. Devant un public trié sur le volet, c’est à dire composé exclusivement des enfants du cours préparatoire de l’école « Jeanne Mas » de Dammarys les Lys et de leurs maîtresses, nos élèves jouent à faire semblant d’être des vedettes : Concentration maximale, retouche maquillage, trac et crises d’angoisses, signature d’autographes, tout y est. A la fin du mini concert, la Directrice, fière de ses poulains, ouvrira même une bouteille de Champomy pour fêter leur succès ! Le Bô Jeremy, encore tout étourdi par les acclamations aura cette phrase mémorable : «  Le contact avec la scène, c’est incroyable, il n’y a que nous, les artistes, pour ressentir ça… »

Ma copine Maria me dit :

«  Dis boi, ça te rappelle pas hic…quand on était gamine et qu’on aibait bien se déguiser pour faire des spectacles à la famille ? On s’y croyait vraibent hic… on était trop contentes et on s’éclatait cobe eux hic… » C’est vrai que c’est un peu ça, sauf que là, les enfants sont dans le public et les grands sur scène.

Du coup, sous l’effet conjoint de l’émotion suscitée par l’évocation de nos jeunes années et de la fin prématurée de Mr Johnny Walker, qui vient de mourir de sa belle mort, Maria a les yeux tout embués de larmes . Nous levons une dernière fois nos verres à cette formidable Star Academy, seule à même de nous faire passer du rire aux larmes en si peu de temps.. .Hic ! …

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