Parfois, la Star Ac, c’est un peu comme Interville. Vous savez, ce jeu  indémodable, où des crétins chauvins s’affrontent dans des épreuves aussi intelligentes et subtiles qu’une course sur un tapis roulant pour attraper des saucisses de  Strasbourg géantes, ou bien que l’empilage de boites de camembert en polystyrène destiné à résister aux assauts d’une vachette en furie.

Sauf que ce soir, les candidats ne sont que deux, au lieu de la tripotés de pompiers baraqués et de vigiles de supermarchés qui constituent habituellement les équipes. A ma droite donc, nous avons le candidat de la riante bourgade  de Montargis, Jeremy : Jeremy n’a pas 20 ans, et son  air perpétuellement endormi cache en fait une grande surprise  : il n’en revient toujours pas  d’être en ½ finale, ce qui lui fait déjà un point commun avec une bonne partie des téléspectateurs. Je ne m’étendrais  pas plus sur le physique fort avantageux de ce joli jeune homme blond, ce qui lui vaut un soutien inconditionnel et de constants plébiscites parmi les petites filles de moins de 14 ans.

A ma gauche, le challenger, Pascal, candidat de la belle ville de Nice. Pascal nous est présenté comme un Rocker, un vrai, pur et dur. Le simple fait que celui-ci participe depuis près de 3 mois à une émission de télé-réalité produite par Endemol, ou il a tout le loisir de s’épanouir dans des morceaux aussi riches que «  Santiano » de Hugues Auffray entre une chorégraphie de Kamel Ouali et une séances photos pour Télé 7 Jours montre bien qu’il est toujours possible d’apporter une infinité de nuances aux termes «  pur et dur ». 

Mais bon, ne chipotons pas sur les mots, ce soir c’est la ½ finale garçons, et les deux villes ( pardons les deux concurrents )  sont sur le pied de guerre. Dommage pour le spectacle, j’aurai bien aimé une première épreuve spectaculaire, sur le thème de Blanche Neige par exemple, et qui verrait nos candidats costumés en nains de jardins s’affronter dans une course sur une planche inclinée savonnée, bombardés de pommes  par une équipière déguisée en sorcière rembourrée de mousse…Mais pour des raisons techniques, la première épreuve se  réduits à un affrontement beaucoup plus classique et purement vocal. C’est Liza Minelli qui tiendra le rôle de la sorcière-rembourrée-de-mousse, et l’imitation est assez réussie. Les premières secondes d’ailleurs, on croit que c’est encore un de ces travestis de chez Michou qui vient chanter « New York New York » mais après vérification, non, il s’agit bien de la vraie Liza, encore plus caricaturale que ses propres imitateurs. Le trio n’est guère convaincant, mais même à Interville des fois, ça démarre lentement. Il faut attendre les épreuves plus consistantes, par exemples le morceau de bravoure qui consiste à escalader un mur incliné à la force de ses bras.

Pour Jeremy, le morceau de bravoure consistera à chanter un morceau de la comédie musicale « Notre dame de Paris », sans s’endormir ( car il est déjà 22 h 10 ) . Jeremy est torse nu sous sa veste de costume, ce qui équivaut pour une fille à porter une jupe très très courte par exemple. Quand il chante, il a toujours l’air incroyablement épuisé, et c‘est vrai qu’escalader un mur incliné à la force de ses bras n’est pas une entreprise de tout repos. En plus, on le fait chanter devant une sorte de filet, et en gros plan, on dirait un gardien de but qui pousserait la chansonnette devant ses cages pour se tenir éveillé. Il semble même prêt à sombrer définitivement dans le sommeil, heureusement, pendant la chanson, il y a une fille qui vient exécuter une sorte de danse devant lui et qui, de pirouettes en galipettes,  laisse entrevoir à plusieurs reprises une captivante petite culotte blanche. Ca semble marcher pour notre gardien de but narcoleptique, qui arrive miraculeusement à garder les yeux ouverts jusqu’à la fin du morceau. Montargis est aux anges.

Après, il y a des intermèdes, comme dans le vrai Interville, pendant lesquels Magalie, la candidate rondelette de la semaine dernière vient meubler un peu. Et s’il se trouve parmi les lecteurs des mauvais esprits pour ironiser qu’à Interville aussi, il y a de jeunes vachettes qui viennent meubler un peu,  qu’ils soient immédiatement stoppés net dans leur moquerie par mon regard sévère : l’analogie avec les remuantes ruminantes normandes est tout à fait hors de propos. ( Jamais Magalie, qui est très bien élevée,  ne se permettrait d’envoyer des ruades rageuses dans les pieds des micros, ou d’envoyer bouler Nikos d’un coup de cornes bien senti ).

Vient ensuite le tour du candidat de la ville de Nice, Pascal. Moi, ce que j’aime bien dans ces émissions, c’est quand on montre les supporters des candidats justement. Il y a toujours un petit reportage bidonné sur le « formidable engouement » suscité par le Star Academicien dans sa ville natale. Donc, on nous montre une petite soirée, ou les 14 membres de la famille de Pascal ont rameutés à grand frais les voisins, amis et collègues de bureau. Pour les motiver, on a pas lésiné sur les moyens, il y a de la Clairette de Die pour les dames et de la bière à volonté pour les garçons, des Apéricubes  en veux tu en voilà et même des chocolats Ferrero Rocher, pour que la fête soit complète. Les frères, sœurs et cousins ont décoré à la hâte des bouts de tissus pour faire des banderoles, sur lequel il y a écrit « Pascal tu ai notre gagnant » le voisin d’en face  qui jouait-de-la-batterie-avec-lui-dans-son-garage-et-qui-a-toujours-su-qu’il-irait-loin a la larme à l’œil, et les 4 caissières de la supérette du coin, ( celle qui a fourni les boissons, les Apéricubes et les Ferreros ) portent même fièrement chacune un T shirt blanc avec la photo du candidat. Au signal, tout le monde se rassemble devant la caméra, lève son verre et crie en chœur «  pour Pascal tapez 2 » sauf le voisin d’en face qui, à la réflexion et après 12 bières, préfèrerait se taper une des caissières, plutôt qu’un appel surtaxé à TF1.

 

 

A la fin, comme il faut bien un gagnant, c’est Montargis, qui triomphe. Jeremy sort de sa torpeur le temps de savourer son succès, il esquisse même un vague mouvement de bras qui devrait finir en un poing levé rageur, mais au dernier moment, il se ravise, et laisse retomber sa main : il doit s’économiser pour la finale.

Montargis exulte donc et Nice déchante ( au passage, remarquons à quel point  ce verbe « déchanter » convient bien aux prestations vocales de Pascal J ). Mais la ville a perdu une bataille, pas la guerre : Les Niçois  se consolent en se disant qu’ils ont déjà fourni à la France à maintes reprises quelques uns de leurs plus prestigieux et illustres représentants : entre autre, une finaliste du « Jeu de la Séduction » de M6,  deux candidats de « l’île de la tentation », un enfant hyperactif filmé pour « Super Nanny », ainsi que la gagnante du Loft 1, la très distinguée Loana. Et d’ores et déjà, les castings reprennent sur le parking de la  discothèque «  Le Macumba », afin que Nice contribue encore et toujours activement au rayonnement artistique et culturel de la France...

 

 

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